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  • La Rédaction

ZAC Martelly (1) : la ville sous-traitante de Bouygues… s’endette encore pour 40 ans !

Mis à jour : 5 mai 2019



« Construire Grasse ensemble » est le titre optimiste du futur projet Martelly. Nous allons voir que cet optimisme à un coût énorme et aléatoire pour les Grassois.


Lors de la grande messe du 24 avril dernier, le maire, Jérôme Viaud, a enfin vendu à ses administrés et à Bouygues une partie du futur centre historique de la cité des Parfums.


« Presque un plébiscite » a titré prudemment Nice Matin deux jours plus tard. Et l’auteur du titre a raison. En effet toutes les bonnes informations n’ont pas été révélées au public, dont une moitié –des élus de l’équipe de Jérôme Viaud, ainsi que cadres municipaux réquisitionnés pour l’applaudimètre- paraissait convaincue du bien fondé du projet.


Beaucoup de Grassois, dont nous faisons partie, sont effectivement persuadés qu’il faut aménager le quartier Martelly, mais pas seulement. Mais est-ce à ce point de bétonnage inconsidéré et de risque géologique, tant le sous-sol concerné est instable, que doit passer la réhabilitation de ce quartier ? Non, évidemment.


Nous allons revenir sur cet important projet urbain, étape par étape.


Commençons par le volet financier, qui sera l’objet de ce premier article.


Dans le projet de la ZAC Martelly, lancé en décembre 2010 par Jean-Pierre Leleux, il y a trois acteurs : SPL Grasse développement, la commune de Grasse et le Pôle Azur Provence (PAP), qui deviendra l’actuelle Communauté d’agglomération du pays de Grasse (CAPG).


Le coût total annoncé par le maire est de 28 M€. Cet investissement sera pris en charge par SPL Grasse développement (à la santé financière fragile), entièrement financée par la Ville.


Dans les 28 M€ (avec les 12M€ déjà dépensés), est compris l'aménagement du site, des parkings, qui eux aussi n’ont pas été précisés lors de la soirée de présentation.

Cela fait quand même deux belles interrogations de poids.


Dans les 12M€ déjà dépensés par la Ville, il y a le garage Rolland (et la station service) : pour 4,3M€. Le désamiante du bâtiment est annoncé à 200 000€ (ce qui semble juste vu l’importance du garage), puis la démolition dudit garage. Il y a eu naturellement pour plus de 200 000€ de frais de notaire.


Il y a aussi la démolition du parking Martelly qui est en régie municipale et qui rapporte à la ville.


Alors quelles sont les recettes pour mettre le bilan de ce projet à l'équilibre ?


La cession foncière à Bouygues (Vente les terrains aménagés, du garage Rolland, les parkings Notre-Dame des Fleurs et Martelly que la ville a en régie) et dont nous rappelons encore que l'exploitation est bénéficiaire.





L’opération est sur le papier est certes équilibrée, qu’en sera-t-il à la fin du projet, tant la « mode » dans notre commune est au dépassement des coûts et du temps de travaux ?

L’opération Martelly est équilibrée grâce à des emprunts.


Ensuite il y a la subvention de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) qui sera connue prochainement, ce qui est normal. Il est bien de le préciser.


Il y a, dores et déjà, une subvention de 1,6M€ versée dernièrement par la CAPG.

La CAPG, comme voudraient le laisser entendre certains, (dans un message subliminal), est que ce n’est pas la ville de Grasse. Et oui, évidemment. Elle a la plus grosse part, près de 70%, c’est la plus grosse ville de cette communauté d’agglo et son maire est J. Viaud, comme tout le monde le sait.


Donc : 1,6M€ x 70% ÷ 100 = 1,120M€ supplémentaires à la charge des Grassois.


Ce qui est carrément désagréable, voire trompeur, est que les promoteurs municipaux tentent de faire passer pour un financement extérieur à un projet municipal… un financement quasi municipal. La Ville donne de l’argent à la CAPG qui le reverse à la Ville pour financer le projet. Le maire de Grasse étant aussi le président de la CAPG : un tour de passe-passe.


A la fin de ces gigantesques travaux, dont tout le monde se serait bien passés, Jérôme Viaud va faire racheter à la ville qu’il dirige (par la Régie des parkings, donc la Ville) l'ancien parking Martelly pour 11M€ en ayant recours à l'emprunt... sur 40 ans, pour l'exploiter après sa reconstruction par Bouygues, en régie municipale !


On est loin de la gestion en bon père de famille à laquelle les Grassois devraient s’attendre. Ce sont plutôt de surprenants mécanismes !


Récapitulons : la Ville prépare le site complet de la ZAC Martelly et le vend à Bouygues pour 22,7M€ !


Et le fameux cinéma pour lequel J. Viaud avait fait son… cinéma lors du conseil municipal du 19 janvier dernier ? Les places de stationnement seront gratuites pour les cinéphiles. Enfin, gratuite n’est pas le mot approprié. La Ville devra prendre dans son budget, c’est une estimation du maire, 400 000€/an. Il faudra retrouver ce presque demi-million d’euros ailleurs, car ils ne tombent pas du ciel, les euros. Que les Grassois en soient pleinement conscients.


La ville s’endette pour acheter un parking qu’elle a déjà et qui rapporte, et perd encore 400 000€/an.


Il faut reconnaitre que pour une ville déjà endettée à 120% de son budget de fonctionnement, soit près de 90M€, on a vu meilleur gestion pour projet utile à la communauté.


La ville table sur des recettes, lesquelles ? Les taxes foncières, d’habitation (qui va être supprimée par le gouvernement, mais qui devrait être « compensée »…), pour 220 000€/an, une estimation du maire.


La ville a aussi pour ambition d'attirer 300 nouvelles personnes (par an ?). Ce qui n'est pas une certitude et franchement ambitieux, connaissant le contexte de déperdition d'habitants constaté depuis 2011 par l’INSEE et les services de l’Etat.


Les commerces et l’évaluation des entreprises seront des rentrées pour la CAPG, recette 200 000€/an, c’est toujours une estimation du maire.


Ce qui fait beaucoup d’estimations pour un projet sûr et nécessaire.


Pour les parkings il est prévu 955 places, dont 701 places publiques restantes, soit 254 places pour les logements. Ce qui ramène inévitablement au flot de véhicules qui va venir engorger encore plus les artères concernées. Tout comme les usagers (piétons ou automobilistes), déjà pénalisés.


Au fait, l'instabilité du terrain serait-elle la raison majeure de l’hésitation de Bouygues à s’investir pleinement dans l'opération de la ZAC Martelly ? Oui, nous le pensons. Car ce projet aurait du débuter il a deux ans et ça n’a pas été les cas.


Bouygues a signé une promesse de vente avec la SPL Grasse développement le 8 mars 2019 et a déposé le dossier le dossier de permis de construire le 25 mars 2019. Huit ans après le lancement du projet, l’acte de naissance est enfin déposé.

Quid de l'office de tourisme (400 m2 environ) ? Dans le projet initial, il devait être présent à tous les niveaux, sur cinq étages du parking. Sur le nouveau projet, il est là où il se trouve actuellement : il reste tel quel, avec deux commerces attenants.


Alors pourquoi le maire a-t-il engagé de façon aussi aléatoire tant de millions d’euros de ses contribuables ?


Pourquoi ne pas avoir laissé à la société Bouygues, le soin de se charger de l’ensemble de la réalisation du projet et les risques qu’il comporte ?


Par crainte que la société Bouygues abandonne le projet sans dédit, (elle en a le droit), contrairement à la ville ?


Et que cette dernière craigne de rester avec le garage Rolland et une ancienne station service abandonnée sur les bras, des emprunts hasardeux et les souvenirs amers d’une tentative d’urbanisation pourtant nécessaire, ratée, lancée il y a maintenant huit ans ?


Et pour conclure par un « détail » dans cet océan de millions, combien a coûté l’affichage du projet Martelly sur les murs du garage Rolland ?... Qui aura au moins l’avantage de cacher en partie la lèpre du bâtiment. C’est toujours ça de gagné !





#Grasse #Grasse06 #JeromeViaud

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