Rechercher
  • La Rédaction

Porte-Neuve : l’ancienne ZAC qui devait « revitaliser » le centre ancien… comme Martelly ?

Crédit Photo : MJA

« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », (A. Lavoisier).


Lancé en 1997 par la volonté de JP Leleux, l’ancien maire, le projet de la ZAC Porte-Neuve, devait « revitaliser » le centre ancien. C’était en 1997. C’était la panacée.


Les informations tirées de vécus d’un ancien Grassois, du « Moniteur » et « LSA Commerce et consommation », sont très intéressantes, tant les éléments composants le projet étaient audacieux et… inquiétants pour beaucoup de riverains et de commerçants.


Ce devait être : « Une ZAC de 42 500 m2 destinée à accueillir un centre commercial, des logements, des locaux d'activités, etc., et située en lisière du centre ancien sur des friches industrielles (terrains Lautier et Bertrand). Conduite par Progereal, le groupe marseillais d'Alain Paget avec vraisemblablement Atelier 9, l'opération (350 millions de francs HT – NDLR : 53 millions d’euros), déjà ancienne mais revue à la hausse par la nouvelle municipalité, est un pari ambitieux. Elle vise ni plus ni moins qu'à inverser le lent et inexorable processus de déclin qui frappe le cœur historique de cette ville de 42 000 habitants, pourtant siège de fonctions économiques (3 200 emplois directs liés à la parfumerie), administratives et judiciaires solides. »


La suite était tout aussi engageante et « visionnaire » : « C'est donc par la greffe d'un pôle marchand et urbain moteur aux portes de la cité historique, mais aussi dans un secteur en pleine transformation (cité judiciaire en cours de construction, projet de transfert de la sous-préfecture sur les terrains Roure) que doit s'opérer la mutation.


L'enjeu est de faire revenir vers le centre le flux de clientèle (environ 150 000 personnes dans la zone de chalandise) qui « s'échappe » vers les pôles commerciaux situés au sud, faute d'une offre commerciale attractive. »


JP Leleux précisait : « Son intérêt est d'être liée à la réhabilitation des centres urbains et de permettre une interaction entre le centre historique et le centre-ville ».


L’opération devait engager 350 MF. Elle ne coûtera que le tiers, 111,5 MF, soit 17M€.


Mai 2018

Pourtant le programme était alléchant :


La superficie de la ZAC était de 42 500 m2 de Surface hors d’œuvre nette, (Shon).


Un centre commercial de 17 500 m2 (dont un hypermarché « Leclerc » de 5 200 m2, des moyennes surfaces, des boutiques, etc.).

· 7 500 m2 de bureaux, locaux d'activités, résidences de services, parahôtellerie.

· 150 logements pour actifs.

· 800 places de parking souterrain.


Calendrier prévoyait :

Ø La phase de concertation préalable et le lancement de la ZAC avec un dossier de réalisation (avant enquête publique) attendu à l'automne ;

Ø PAZ et RAZ (plan et règlement d'aménagement de zone) début 1998, suivis du dépôt du permis de construire;

Ø Passage en CDEC fin avril 1997; début des travaux au second semestre 1998 ;

Ø Durée des travaux : 30 mois (ouverture avant la fin 2000).


Ce projet gigantesque n’était pas accueilli favorablement dans les esprits. Les commerçants étaient inquiets malgré les déclarations rassurantes de Georges Sakellarides le directeur de programme chez Progereal* : « Beaucoup de problèmes restent à régler : fédérer les commerçants locaux autour de ce projet, mener les négociations foncières avec la Grassoise d'HLM, propriétaire d'une importante parcelle du site, maîtriser les flux actuels et futurs de circulation liés à la création du complexe par l'élaboration d'un véritable plan de déplacements dans le centre-ville, passer le cap de la CDEC (commission départementale d'équipement commercial) (…). »


« C'est faire entrer le loup dans la bergerie », déclarait André Pais-Becker, directeur du Monoprix, la locomotive d’alors du centre-ville avec ses 2 804 m2, ses 90 salariés, ses 25 caisses et son parking de 548 places. »


Le centre commercial Leclerc ne devait pas être concurrentiel, selon sa PDG Annie Courtade, elle rassurait : « Monoprix ne doit pas nous considérer comme un concurrent, mais comme un complément ». (…) Complémentaire par un Espace culturel attractif, un rayon livre-disque-vidéo-micro-informatique d'environ 1 000 m2. Des espaces tels que celui-là vont enrayer l'évasion de la clientèle vers les autres villes et leurs grandes surfaces. Le taux d'évasion de Grasse est d'environ 30%, ce qui est énorme. »


Mais, à Grasse tout particulièrement, il y a un, voire des mais : alors que selon les plans initiaux dévoilés depuis plus d’un an, le « Moniteur » du 19 juin 1998 informait ses lecteurs que : « La ville de Grasse revoit sa copie sur la « Porte Neuve » dont le projet de ZAC (dite « multi-site de centre urbain ») englobe désormais, outre le site des anciennes usines Bertrand et Lautier (2,35 ha), l'espace Rouachier (0,6 ha) au cœur du centre ancien. Une concertation préalable a été ouverte jusqu'au 24 juin, point de départ d'une nouvelle procédure de ZAC, rendue nécessaire par l'élargissement du périmètre. (…)


Le « Moniteur » précisait encore : « C'est dans ce cadre qu'est inscrite l'intervention sur l'espace Rouachier qui doit aussi accueillir une moyenne surface de 600 m2 et irriguer au plan urbain [le projet de la médiathèque ne sera annoncé que douze ans plus tard], par des percées, le site de Porte-Neuve et le nord de la ville. Reste à présent à fédérer la population et surtout les commerçants grassois autour de ce projet. A noter dans ce cadre que la « Fédération économique de Grasse » (Hugues Piquet) propose une restructuration-agrandissement de l'actuel « Monoprix » du centre ancien en un petit centre commercial, un projet que le maire de Grasse, Jean-Pierre Leleux juge tout à fait complémentaire de Porte Neuve. »


Le nouveau calendrier était publié.


Septembre 1998 : création de la ZAC Porte Neuve.

Décembre 1998 : CDEC.

Printemps 1999 : dossier de réalisation de la ZAC et enquête publique.

Eté 1999 : permis de construire.

Fin 1999 : lancement des travaux.

Fin 2001 : premières livraisons du complexe « Porte Neuve ».


Portée par sa ferme volonté JP, Leleux voyait en Porte-Neuve un projet stratégique. La société Progéréal qui prévoyait de s’engager fortement (au total, 25 MF de participations plus conventions particulières sont prévues), la ZAC Porte-Neuve d’une surface de 42 500 m2 de Shon, et lancée en 1998, devait le jour fin 2000… puis fin 2001. Elle ne sera terminée qu’en 2009.


Du projet initial qui devait « inverser le lent déclin de la vieille ville », il ne reste aujourd’hui que 208 logements sur 6 827 m². Exit les moyennes surfaces, dont une de 600m2 sur le Rouachier (sic), les boutiques, les bureaux, les locaux d'activités, les résidences de services, parahôtellerie et l’hyper Leclerc de 5 200m2.


Mais que s’est-il donc passé d’important pour que ce projet soit réduit de ses deux tiers, et que son lancement soit retardé de neuf ans ?


De l’argent public avait-il été engagé ?


Monoprix et ses salariés n’auront eu la « paix » qu’une petite dizaine d’années, avant d’être cette fois-ci, sacrifiés sur l’autel de la ZAC Martelly, la jeune sœur de la curieuse ZAC Porte-Neuve… dont il ne reste que les fantômes administratifs.


*Progéreal est aussi le promoteur pressenti pour la réhabilitation de l’Hôtel des Parfums.


#VilledeGrasse #Grasse #Grasse06 #JeromeViaud

0 vue

© 2018