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  • La Rédaction

Fusillade de Tocqueville : l’étrange présentation de Nice Matin



Le samedi 16 mars est paru dans Nice Matin deux pages traitant de la fusillade qui a eu lieu dans le lycée de Tocqueville, il y a deux ans. Le titre : « Fusillade de Tocqueville : le procès tant attendu ».


Il y a deux ans, un lycéen était entré armé dans l’établissement scolaire, pour tuer ses camarades de classe. Un heureux concours de circonstances lui fera manquer sont noir dessein. Le proviseur fera les frais de cet acte et sera blessé en s’interposant, cinq autres personnes seront aussi blessés. Le prévenu avait 16 ans au moment des faits.

Il est arrêté et se trouve depuis incarcéré dans la prison de Grasse, il attend son procès. Il est poursuivit en premier lieu pour « tentative d’assassinat ».


En revanche, les pages de Nice Matin traitant ce terrible événement (qui a fait déclencher le plan national antiterroriste), sont pour le moins surprenantes, troublantes.


Tout d’abord les deux tiers de la page 2 sont réservés aux faits et à l’agresseur, les victimes y sont évoquées en sept lignes dans le texte principal et dans un encadré bleu, sur deux colonnes, treize lignes au titre : « Les victimes resteront marquées à vie ». (cliquer ici).


La seconde page, la 3, est entièrement consacrée à l’agresseur, elle aussi, les deux tiers de sa surface, en deux articles. (cliquez ici)


Le premier évoque, selon un de ses proches qui a souhaité garder l’anonymat, « Parce que tout ce qu’on dit est utilisé à charge contre Killian. C’est la médiatisation qui est la cause de sa non-libération ». Pas les actes reprochés ? L’article ne le précise pas.

Les conditions de détention de l’agresseur sont évoquées, avec un titre : « Il a vécu des expériences traumatisantes en détention ».


Dans le texte qui suit, on y apprend aussi qu’il « a pris conscience de ses actes » et que « personne ne s’est intéressé à ses bourreaux ». Il « tente de se reconstruire », qu’il « a créé une bibliothèque au quartier des mineurs », il « a obtenu son Bac L et qu’il a été accepté à la Sorbonne », qu’il « voulait faire une licence d’histoire », que « on espérait qu’il serait sorti d’ici là », que « le jour de ses 18 ans où il a été transféré dans le quartier des mineur, son codétenu s’est ouvert les veines » et « le jeune homme voudrait travailler dans la protection de la faune et la nature. »


Puis, pour conclure « On essaie de lui maintenir la tête hors de l’eau, mais c’est difficile. Ce que l’on voudrait, c’est qu’il ne soit pas jugé par l’opinion public, ni comme un cas particulier. »


« (…) ni comme un cas particulier », la chute est pour le moins curieuse.

Néanmoins, son avocat n’aurait pas trouvé d’autres mots en s’adressant aux membres du tribunal et aux jurés.


Fin du plaidoyer ? Non.


Un pédopsychiatre est appelé à la rescousse. (cliquez ici)

Il n’a pas examiné Killian, mais donne son avis : « La prison n’est pas utile dans son cas » et « (…) je ne peux donc faire que de la théorie ». Il tente d’expliquer le geste du jeune Killian, sans le préciser, - ce qui ne sera la règle dans toute cette page -, par deux hypothèses « soit il s’agit d’une psychose, soit d’un moment psychotique, une bouffée délirante que l’on pourrait résumer par : ‘’un coup de tonnerre dans un ciel serein.’’ Chez les patients, ces moments ne se renouvellent jamais. »

Mais, quelques lignes après : « Est-ce qu’on peut affirmer qu’il n’est plus dangereux ? Je ne peux l’affirmer. »

Comment peut-il se réinsérer ? « Avec une bonne prise en charge psychothérapique et un suivi régulier et en maintenant son niveau d’instruction. La réinsertion passe par la formation, peu importe le niveau scolaire. »


Rien sur les traumatismes des victimes, à part les quelques pauvres lignes de la page 2, c’est inouï !


En bleu, la partie sur les victimes, en orange celle sur l'assaillant.



Rien non plus sur le cas du complice de Killian.


Rien non plus sur la provenance des armes.


Que penser aussi des trois « posts » sur le site Internet de Nice matin traitant le sujet ?

Bien sûr, tout accusé a droit à une défense, mais est-ce le rôle d’un média de remplir ce rôle ?


En oubliant quasiment les victimes ?


Visiblement, avec Nice Matin, c’est possible.


Une autre question : pourquoi cette posture ?


#NiceMatin #Grasse #Grasse06

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